Girouettes de Seyr, Eric Bernon, fabrication artisanale de girouettes

Comment je suis devenu Compagnon

Comment je suis devenu Compagnon ?

Mes débuts

Il faut remonter en 1994 où suite à des évènements que je préfère oublier, je me retrouve au chômage. J’ai 38 ans et plus de travail. Durant 18 ans j’ai aligné des chiffres, géré des stocks et négocié des prix pour une entreprise et du jour au lendemain plus rien.

Dans un climat de doute et de remise en question, je saute sur la première suggestion venue, en l’occurrence le projet d’une relation. Une histoire assez banale, il a l’idée, la fait breveter, mais ne sait absolument pas comment l’exploiter. Une idée originale, une lumière éternelle, des capteurs solaires… Après plusieurs mois de recherches et de démarches, j’obtiens le produit fini, mais l’affaire tombe à l’eau et je reprends mes recherches pour trouver un emploi.

Les réponses sont rares et la plupart négatives. Le moral en berne, j’échafaude des dizaines de plans tous plus irréalisables les uns que les autres. Manque de moyens ou de courage !!!
Je suis à plat, le moral baisse et de mauvaises pensées me viennent. J’ai passé à ce moment-là les mois les plus difficiles de ma vie et puis un jour, un voisin me propose de faire des girouettes. Il sait que je les aime mais de là à les fabriquer … Je prends l’idée en souriant mais en y repensant les choses prennent forme.

Il faut dessiner ? Pas de problème je maitrise. Il faut découper du métal ? Je suis plutôt bricoleur. Souder ? Braser ? Je ne suis pas un professionnel mais je me débrouille.
C’est dit, je vais essayer, au moins ça m’occupera quelques jours et qui sait !!!

Mes mots clés : réaliser tout à la main, pas de moule ni d’empreinte, un travail entièrement manuel, je veux que mes girouettes soient uniques même si je refais le modèle plusieurs fois, il sera forcément différent.
Honnêtement je ne pensais pas que cela deviendrais mon meilleur argument de vente…

Mon entreprise

Mon affaire a démarré gentiment, je travaillais en apprenant et j’apprenais en travaillant.
C’est l’époque des foires et des expositions partout en France, la semaine dans mon garage devenu mon atelier et le week-end sur les routes. C’est dur, mais je suis heureux,  j’ai retrouvé une forme de dignité.

Un jour sur une exposition à Nevers, un menuisier ébéniste vient me voir sur mon stand et après les banalités d’usages  il me parle des compagnons et me propose d’assister à une réunion. Je dois dire que j’étais non seulement étonné, mais aussi flatté. Comment dire, ce maître du travail sur le bois avait remarqué mes petites girouettes et jugeait mon travail assez correcte pour me proposer d’entrer dans ce qui, pour un non initié comme moi,  représentait le cercle des grands.

Vaguement ému, j’ai accepté et je peux avouer aujourd’hui  que je suis allé à cette première réunion persuadé que je ne satisferais pas aux critères requis. C’est tellement différent de recevoir des compliments de sa femme qui, même si elle le veut,  n’est pas toujours très objective, ainsi que les clients qui s’extasie sur la finesse d’une brasure ou la délicatesse d’une courbe,  et être admis dans la grande confrérie des compagnons, reconnus pour leur savoir-faire autant que pour  la qualité de leur travail…

Doucement, j’ai découvert ce monde des compagnons et quelque part je me suis retrouvé dans l’esprit même de ce qui compose cet univers. J’ai été lapin puis jeune homme et enfin compagnon. La consécration, le sentiment d’appartenir à une grand famille qui parle me même langage et qui se comprend à demi-mot.
Au fil des mois puis des années, j’ai appris tant de choses sur les compagnons mais aussi et surtout sur moi-même.

Le sens des mots travail, loyauté. Ce que cela représente pour moi dans ma vie d’homme, sur la satisfaction d’accomplir un travail bien fait avec des méthodes qui traversent le temps et que nous espérons voir perdurer éternellement, des méthodes enseignées par des maîtres qui, dans leur grande sagesse, étaient fiers de transmettre aux jeunes, un savoir reçu de leur aînés.

Les compagnons m’ont beaucoup apporté au sens moral du terme, avoir le sentiment d’appartenir à une grand famille pour qui les mots entraide, fraternité, soutien…ont encore un sens.
Je m’aperçois que les gens qui m’achètent une girouette sont comme, rassurés sur la qualité de mon travail juste parce que je suis compagnon.

En tant qu’artisan, je suis toujours seul dans mon atelier et parfois le doute s’installe, sur mes choix, mes positions dans ma vie professionnelle et autre…Les questions sont nombreuses mais en fin de compte, non, je ne suis pas seul, je suis compagnon et je sais que seul face à moi-même je peux me dire que mes « FRERES COMPAGNONS» seront toujours là pour me rappeler qu’il faut entretenir la flamme de l’espoir et avoir l’amour du travail bien fait.


Nivernais l’Adepte d’Eole.